Planter une forêt urbaine

Voilà qui peut constituer un joli projet pédagogique ! Pas des plus simples ni des plus légers à mettre en œuvre mais pas complètement impossible non plus. Il est certain qu’il faudra prendre le temps, trouver les fonds, des partenaires et … un terrain.

Commençons donc par le terrain. Sur le site Toulouse en transition un article sur les forêts urbaines inclut des ressources gratuites dont un dossier Trouver un terrain . A paris il existe des friches, des tiers-lieux et des endroits auxquels on ne pense pas toujours comme ceux qui, dans l’enceinte d’un de ces complexes sportifs construits à la limite de la ville, pourraient accueillir une micro forêt.

Et mieux vaut ne pas rester seul. Le projet d’un.e unique enseignant.e avec sa classe aura moins de poids que celui d’un groupe scolaire appuyé par les parents d’élèves et des structures  comme l’OCCE, la mairie d’arrondissement, le conseil de quartier, etc. Une proposition de ce type a été faite dans le cadre du Budget participatif à Paris en 2021, la microforêt de la porte de Montreuil a été créée avec son aide (Voir plus bas).

La méthode Miyawaki

Difficile de consacrer un article aux forêts urbaines sans évoquer Akira Miyawaki, botaniste japonais de 90 ans aujourd’hui, expert en biologie végétale et professeur à l’université nationale de Yokohama qui a élaboré et mis en pratique la méthode de reforestation « senzai shizen shokysei », soit la « végétation potentielle naturelle »[1].

Il s’agit de planter des micro-forêts composées d’espèces locales (entre 30 et 40 essences différentes natives dans la même zone) sur une surface relativement faible. Les plans sont d’abord élevés en pépinière puis plantés de manière dense et aléatoire sur le terrain[1]. Cela après une importante préparation du sol – fertilisation organique par fumier, compost, apport de sciure. La micro-forêt est ensuite entretenue pendant environ trois ans puis livrée à elle-même, la plantation étant considérée comme autonome.

Parmi les espèces habituellement plantées dans nos régions à climat tempéré, on trouve tout le cortège des arbres feuillus classiques : les chênes sessile et pédonculé, le hêtre, le charme, les érables sycomore, plane et champêtre, le frêne, les tilleuls à grandes feuilles et à petites feuilles, le merisier, l’alisier torminal, etc. Et aussi des arbustes comme les cornouillers mâle et sanguin, les aubépines monogyne et à deux styles, le troène, le fusain d’Europe, le sureau noir, des rosiers et ronces…[2]

En mai 2020, microforêt Miyawaki de la Porte de Montreuil, deux années après la plantation par Boomforest. 400m² de plantation financée par le budget participatif de la Mairie de Paris. Voir la vidéo promotionnelle

Mais cette méthode n’est pas forcément la solution miracle [3]. D’abord parce qu’elle est particulièrement onéreuse, du fait de la densité de la plantation et de l’important travail du sol requis en milieu urbain (3 000 euros les 100 m² [4]). Cette densité fait que l’objectif de planter 170 000 arbres à Paris avec la méthode Miyawaki, reviendrait à végétaliser 5 hectares… pour une superficie totale de la capitale de 10 500 hectares. Et derrière les slogans, la réalité scientifique de ces arguments peut sembler fragile [5]


[1] Méthode Miyawaki et micro-forêts urbaines , Horizon d’ailes

[2] Microforêts urbaines : que penser de la « méthode Miyawaki » ? Sur le site du Museum d’histoire naturelle, article issu de The Conversation

[3] Des forêts en ville ? La méthode Miyawaki n’est pas la solution miracle, Reporterre, 12/04/2021

[4] Selon les chiffres de Boomforest

[5] Les plantations Miyawaki ou l’illusion d’une Nature maitrisée sur le site de l’association Canopée

Photo : Semeurs de forêts et The Conversation

Planter en guilde: la diversité fonctionnelle à l’échelle des citoyen.ne.s

«Il n’y a pas une, mais des biodiversités», écrit la philosophe Virginie Maris. Quand on pense à la biodiversité, on imagine souvent la diversité spécifique qui réfère au nombre d’espèces dans un milieu donné.

On entend moins parler de la biodiversité fonctionnelle, qui «ne fait pas référence à l’identité des espèces, mais qui est plutôt construite sur leurs caractéristiques», pour reprendre les mots d’Alain Paquette, chercheur à l’UQAM dont travaux portent sur la relation entre la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes et qui a développé cette approche pour l’ensemble de la forêt urbaine.

À plus petite échelle, on peut utiliser l’approche fonctionnelle en composant des aménagements où plusieurs strates se chevauchent. On choisira des arbustes, des vivaces et des couvre-sol pour accompagner son arbre. C’est ce qu’on appelle, en permaculture, «planter en guilde». Cette méthode résulte d’une observation minutieuse de la nature et des interactions entre ses composantes. On pourrait planter un sureau à côté d’un tilleul pour attirer les bons prédateurs des pucerons qui fragilisent l’arbre, par exemple. Cela protège aussi le tronc de l’arbre des tondeuses, des sels de déglaçage et des autres pressions urbaines que la strate arbustive permet de maintenir à l’écart. Il est aussi possible de se faire des tisanes avec les fleurs de sureau comme avec celles du tilleul, alors qu’on utilisera, comme condiment, les feuilles d’une herbacée comestible qui contribuera, à son tour, à conserver l’humidité du sol et à attirer des pollinisateurs pour nos abeilles indigènes. (Extrait de Planter un arbre, créer un écosystème)

Le goût des arbres et de la forêt

Se promener dans les bois, pendant que le loup n’y est pas pour y (re)trouver des émotions neuves ou intactes, y goûter l’air et la lumière, les odeurs et les saveurs, en écouter les sons parfois imperceptibles, parfois inquiétants… Construire une cabane, jouer, courir, grimper, rêver… Terrain de jeux, d’aventures et de découvertes inégalé, la forêt procure aux enfants des plaisirs sensoriels, physiques et psychiques aussi essentiels qu’irremplaçables.

Elle permet aussi de comprendre la différence entre un arbre d’ornement ou d’alignement et un arbre dans cet écosystème complexe et riche qui offre de nombreux habitats à diverses espèces et populations animales, végétales, fongiques et microbiennes entretenant entre elles, pour la plupart, des relations d’interdépendance. Qui mieux que la forêt peut aider l’enfant à appréhender cette notion?

Des sciences à la littérature, il n’y a qu’un pas que Giono nous aide à franchir avec L’homme qui plantait des arbres. (Pistes pédagogiques à retrouver ici) Ce livre inspire encore des gens qui passent à l’action dans différents pays. Exemple ci-dessous où on apprend que L’homme qui plantait des arbres en fait plantait des graines et non pas des arbres. Les arbres il les semait!

Planter ou semer des arbres ?

Pourquoi il vaut mieux semer un arbre que de le planter ? Le semis direct avantage sérieusement l’arbre, s’il n’est pas transplanté après germination. Quelques années plus tard, les arbres issus de semis direct dépassent en croissance les arbres transplantés.

Il est donc faux de croire gagner du temps en plantant un arbre. De plus, les arbres semés directement vivent plus longtemps en meilleure santé, résistent mieux à la sécheresse, n’ont pas besoin de taille et sont plus productifs et sains lors de la fructification. C’est plus long mais la nature a le temps!

… ou encore bouturer des forêts ?

En hiver on peut faire des boutures pour créer une forêt comestible.

Sources

Ressources pédagogiques

  • L’espace pédagogique forestier de la forêt domaniale de Seillon une mine d’activités à réaliser en forêt
  • Découvrir un écosystème : la forêt sur le site de La main à la pâte
  • Comprendre la forêt sur le site de l’Office National des Forêts (ONF)
  • La forêt regorge de super héros ! sur le site de l’Office National des Forêts (ONF) L’incroyable résistance du tardigrade, l’épicéa plus fort que les éléments, la vue haute définition des rapaces huit à dix fois plus performante que la vision humaine, le hibou qui peut tourner sa tête à 270°… Les particularités étonnantes et drôles de certains habitants de la forêt sont expliquées de façon très accessibles!
  • Set d’activités Comprendre la forêt, Cartes d’activités pour la compréhension des différentes fonctions de la forêt, édition Silviva, 2016. Fiches imperméables organisées selon les 4 fonctions de la forêt: protectrice, écologique, économique et sociale, les activités permettent d’explorer les diverses dimensions du développement durable de manière concrète. A adapter, correspond aux programmes scolaires suisses.
  • La forêt, berceau de la durabilité (pdf)Le Kit EDD, se composant d’un poster, de cartes postales et d’indications didactiques (pdf) encourage les élèves à mieux connaître la forêt et ce qu’elle a à nous offrir. Cette suggestion pédagogique propose 5 activités d’une période à une journée à la découverte des bienfaits de la forêt. A adapter, correspond aux programmes scolaires suisses.
  • Sur Lumni, une vidéo : À quoi sert la forêt ?
  • Et une autre : Pourquoi les arbres ont-ils des racines ?

Pour plus de ressources sur les arbres, voir à la fin des articles Des arbres et Sortir avec les élèves dans et hors Paris

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